Être mangaka au Japon

Les mangakas au Japon

Au Japon, ceux qui aspirent à devenir mangaka, c’est-à-dire auteur de manga, sont très nombreux. Ils peuvent débuter dans de petites maisons d’édition, se faire connaître grâce aux nombreux concours qui sont organisés par des magazines ou commencer en tant qu’assistant d’un mangaka confirmé.

Le métier de mangaka est réputé difficile et stressant. Les auteurs sont constamment sous la pression de leur maison d’édition et travaillent chez eux ou dans un atelier à une cadence infernale. Lorsqu’on lit le récit de leur quotidien sur les jaquettes des mangas, on se rend compte que les mangakas ne vivent que pour leur travail et ont peu de vacances.

En effet, les mangas paraissent sous forme de feuilleton dans des magazines (à un rythme hebdomadaire ou mensuel) avant d’être publié en volumes reliés (tankobon) et/ou en livre de poche (bunko). Ils peuvent même parfois être adaptées en dessin-animé ou en séries et film selon le succès rencontré.

Même lorsqu’ils sont invités, les auteurs se rendent rarement aux conventions à l’étranger, sauf quand leur œuvre est finie. C’est d’ailleurs, le plus souvent, l’éditeur qui décide quand la série doit se terminer. A cause de cette pression, certains tombent régulièrement en dépression, comme Yoshihiro Togashi auteur de « Hunter x Hunter » (éd. Kana).

La méthode pour dessiner les mangas de Murata Yusuke (éd. Kurokawa)
Un recueil de conseils pour créer son manga du début à la fin

Les aspirants mangakas ne sont cependant pas découragés et les nouveaux auteurs sont toujours nombreux. Le métier reste très prestigieux et peut rapporter gros. Akira Toriyama, l’auteur de « Dragon ball » (éd. Glénat), est l’une des plus grandes fortunes du japon. Selon leur réputation, les auteurs sont rémunérés de 15 à 150 € la page lors de la prépublication. Ils touchent ensuite des droits lors de la publication de leur œuvre en volumes reliés.

Mais n’imaginez pas que les mangakas vivent seuls reclus chez eux. Faire des mangas, c’est avant tout un travail d’équipe. Lorsqu’ils commencent à être connus, les mangakas sont entourés d’assistants et un manager s’occupe spécialement d’eux.

Les assistants des mangakas au Japon

Même si un mangaka travaille en indépendant et va concevoir seul l’histoire et/ou les dessins, il s’entoure d’assistants pour les tâches les plus répétitives et secondaires (décors, trames, bulles, etc.), ce qui lui permet de tenir des rythmes de parution effrénés.

Certains assistants sont spécialisés dans leur tâches : vêtements, paysages, tramage, etc. Plus la notoriété du mangaka sera grande, plus nombreux seront ses assistants (jusqu’à 5 ou 6 en moyenne), même si certains auteurs préfèrent travailler en équipe plus réduite.

Kurumada Masami n’avait que trois assistants à l’époque de l’élaboration de « Saint Seiya » de 1986 à 1990 (« Les Chevaliers du Zodiaques » aux éditions Kana). Arrivé à la fin du manga, il commençait à être lassé de dessiner des armures de plus en plus complexes qu’il avait pourtant inventé lui-même et qu’il prenait plaisir à dessiner au début. Lorsque tous ses assistants se sont peu à peu rendu indisponibles pour se lancer eux aussi dans l’écriture de leurs propres projets, cela fut très dur pour lui de finir le manga.

En effet, les mangakas débutent souvent leur carrière en tant qu’assistant d’un mangaka plus connu. Être l’assistant d’un mangaka renommé est une opportunité pour un jeune dessinateur pour se faire connaître, apprendre les ficelles du métier et avoir une bonne école pour progresser.

Bakuman de O. Tsugumi et O. Takeshi (éd. Kana)
Manga en 20 volumes, s’inspirant de la vie dans la maison d’édition Shueisha et des auteurs publiés dans leur célèbre magazine Jump prépubliant des mangas.

Mais certains mangakas, qui ont des relations privilégiées avec leurs assistants, réussissent à garder longtemps leurs collaborateurs, même après que ceux-ci aient connu eux-mêmes le succès. C’est le cas, par exemple, de Takeshi Obata (dessinateur de « Death Note » aux éditions Kana) pour qui Kentaro Yabuki (auteur de « Black cat » aux éditions Glénat) a continué de travailler.

Les managers des mangakas

Un autre personnage important dans la vie d’un mangaka est son manager. Il faut être très organisé pour être un bon mangaka mais difficile, parfois, d’avoir une âme d’artiste et une vie d’homme ou de femme d’affaire. Les managers sont donc là pour gérer les emplois du temps des mangakas, relire les chapitres du mangas, décider s’ils conviennent et les apporter à l’éditeur. Tel un coach sportif, il motive le mangaka et le pousse à être plus productif.

Généralement, il s’agit de quelqu’un de la maison d’édition mais le mangaka peut choisir un de ses amis, qui sera sans doute plus souple avec les délais mais certainement moins efficace. Les mangakas nous décrivent parfois sur la jaquette leur manager comme quelqu’un d’hyper sérieux et d’effrayant, leur mettant une pression monstre et les harcelant sans arrêt.

Mais les relations sont parfois plus cordiales et ils jouent souvent un rôle de conseiller. Takeuchi Naoko (auteure de « Sailor Moon » aux éditions Glénat), affirme que sans son manager et ses idées, jamais elle n’aurait pu finir son manga, même s’il lui avait demandé plusieurs fois de recommencer ses pages. Sans lui, peut-être n’aurait-elle pas connu le même succès.

Hitman – Les coulisses du manga de Seo Koji (éd. Pika)
Découvrez avec Ryunosuke, éditeur, et Tsubasa, jeune mangaka, le monde très compétitif des mangas.

Le rythme de parution des mangas

Si on n’a pas la chance de se passionner pour des séries déjà achevées, les lecteurs vont devoir vivre le calvaire d’attendre la parution de la suite de leur(s) série(s) préférée(s). Et ça peut prendre du temps !

Les mangas sont d’abord prépubliés dans des magazines spécialisés. Généralement, ces magazines sont des hebdomadaires et les auteurs publient dans ces magazines un chapitre par semaine. La série paraît en volume relié par la suite. Au Japon, 1 volume sort environ tous les 3 mois.

Or, les séries manga peuvent être très longues.

En 2021, le manga commencé en 1968, « Golgo 13 » de Saito Takao, non traduit en français, dépasse les 200 tomes, devenant ainsi la série la plus longue des mangas.

Redoutable dans l’art de mettre à l’épreuve la patience des fans, citons « Ooke no monsho » (« Crest of the Royal Family » en anglais et non traduit en français) de Chieko Hosokawa qui paraît depuis 1976 et qui, après quelques volumes, a adopté le rythme d’un volume par an.

La série « Doraemon » (éd. Kana), ne compte « que » 45 tomes mais c’est un manga qui date de 1969 et qui s’est terminé en 2003 avec la mort de son créateur. L’histoire reste donc inachevée.

Cimoc de Lee Hae Won et Lim Dal Yeong (éd. Doki-Doki)
Bien que ce manga soit une comédie un peu érotique, il traite habillement du monde des mangas et des rôles des personnes qui y travaillent.

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